Méditation


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Fête du Saint Sacrement
Ce 14 juin 2020
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 Fête de la Saint Trinité

André Fossion s.j.


Dieu, une unité de communion aimante

qui touche notre manière d’être en relation 

 


   Après la Pentecôte, la liturgie d’aujourd’hui nous invite à confesser et à célébrer ensemble la Sainte Trinité. Toute prière et célébration chrétiennes commencent par « Au nom du Père, du Fils et de l’Esprit ». Et les apôtres, après la résurrection sont envoyés dans le monde pour baptiser « Au nom du Père, du Fils et de l’Esprit ». Ce dimanche de la Trinité est l’occasion de réfléchir au mystère trinitaire qui est essentiel et fondamental dans notre foi. Mystère qui peut paraître abstrait, difficile à comprendre. Que disons-nous quand nous proclamons « Le Père, le Fils et l’Esprit ». Je voudrais vous proposer quelques réflexions et montrer que le mystère trinitaire peut nous concerner de très près.

   Mais d'où vient donc cette foi trinitaire ? Le mot « Trinité » n’est pas dans les Ecritures. Mais la foi en la Trinité repose sur le témoignage des Evangiles, comme dans le texte que nous avons lu aujourd’hui. Jésus y apparaît en relation étroite et singulière avec Dieu qu'il appelle "Père". Et entre lui et son Père, existe une communion d'esprit : un Esprit d'amour qu'il reçoit, dont il est habité et qu'il désire fraternellement partager avec tous.

 

Dieu, une unité de communication dans la différence et l’égalité de trois Personnes

 

    Proclamée avant d'être réfléchie, la foi trinitaire n'a pas cessé, durant les premiers siècles de l'Eglise, de se prêter à de multiples interprétations et même à des débats houleux qui ont nécessité des conciles (Nicée en 325, Constantinople en 381) pour que se dégage un consensus sur la juste compréhension de la foi trinitaire. Certains disaient, en effet, qu'il y a trois Dieux ; c’est le trithéisme. D'autres, trois aspects d'un même Dieu, à l’image, par exemple, du soleil qui est rond, chaud et lumineux. C’est le modalisme. D'autres encore soutenaient que le Père était plus Dieu que le Fils et que l'Esprit. C’est le subordinatianisme. Non, a-t-il été conclu après de nombreux échanges : il n'y a qu'un seul Dieu en trois personnes distinctes qui sont égales en divinité. Ainsi se constituait, dans le débat, la base de toute théologie trinitaire chrétienne. Trois affirmations donc : l'unité et l’unicité de Dieu, la différence et l'égalité des trois personnes.

 

Difficile et ingénieux à la fois

 

   Cette solution est sans doute la plus difficile à comprendre mais aussi la plus ingénieuse pour parler de Dieu comme amour et pour penser la relation. Bien qu'il excède toutes nos représentations et que nos mots défaillent à son sujet, Dieu se donne ici à penser comme une communion aimante, comme une communauté de personnes. Il est en lui-même mouvement de "donner/recevoir/rendre" en quoi consiste tout amour qu'il soit parental, filial, amical ou conjugal. Le Père est celui qui donne. Le Fils est celui qui reçoit et rend. Et l'Esprit, pourrait-on dire, est le lien entre l'un et l'autre, la permanence de leur désir. Il représente le tiers qui, tout à la fois, les unit, les différencie et les ouvre à d'autres qu'eux- mêmes. Ainsi, comme le disait saint Augustin dans le langage de la tendresse, il y a, dans la Trinité, l'aimé, l'amant et l'amour. Et cette communion en Dieu, parce qu'elle est généreuse, est porteuse de vie. Elle est créatrice; elle donne la vie à d'autres, à des créatures également personnelles, distinctes de lui, conviées elles aussi à l'amour. Ainsi, pour le christianisme, Dieu qui est en lui-même communication, se communique et donne de vivre en communication.

Un Dieu non dévorant

 

   Notons encore ceci qui est capital pour penser la relation à Dieu. La communication trinitaire n'a rien de fusionnel; au contraire, elle différencie et personnalise. Dès lors, s'approcher de Dieu ou le laisser s'approcher de nous, ce n'est point se fondre en Lui et perdre notre liberté, mais, à l'inverse, c'est advenir à nous-mêmes et laisser s'accomplir en nous, jusqu'au bout, la grâce de notre création. Tel est le paradoxe de l'alliance avec le Dieu Trinité : plus je m'approche de Lui, plus je deviens moi-même, sans subir sa présence comme une domination mais, bien plutôt comme une reconnaissance, une salutation toute personnelle, une garantie de liberté et de dignité pour tous.

 

Un Dieu non dévorant

 

   Une façon d'orienter son désir C'est ici que le mystère trinitaire peut être éclairant pour notre vie elle-même aussi bien personnelle que sociale. En effet, si Dieu est en lui-même une unité de personnes distinctes et égales, alors vivre de l'Esprit de Dieu, c'est vouloir faire l'unité entre nous, tout en valorisant nos différences personnelles, dans le respect de notre égale dignité. Croire en la Trinité, c'est, dès lors, une manière de désirer. C'est chercher l'unité entre les êtres humains : construire des communautés vivantes à différents niveaux, travailler ensemble d'un commun accord, viser le bien commun. C'est aussi valoriser les personnes dans leur différence inaliénable. Et c'est encore veiller à ce que ni l'unité cherchée ni les différences promues ne donnent prise à la domination, mais, au contraire, honorent notre égale dignité. Ainsi, ce que l'esprit trinitaire induit dans les relations humaines, c'est, d'une part, contre la pente individualiste, le souci du bien commun et, d'autre part, contre la pente collectiviste, la liberté des personnes. A cet égard, on peut reconnaître que la notion de personne comme aussi l'idéal démocratique (fraternité, liberté, égalité) dont nous sommes aujourd'hui les bénéficiaires n'ont pas mûri sans le terreau qu'a constitué, dans l'histoire humaine, le paradigme trinitaire qui allie unité, différence et égalité. 

 

   Redisons ensemble le Credo : le Credo de la foi chrétienne qui nomme successivement le Père, le Fils et le Saint Esprit. 

André Fossion s.j.