Bulletin de juin 2022


[Ce bulletin de juin 2022 est téléchargeable en bas de cette page]

Homélie de Mgr Pierre WARIN

Nous l’avons entendu dans l’évangile. Peu avant sa mort, Jésus a eu ces mots : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie. » S’il s’était adressé directement aux disciples, Jésus leur aurait dit : « Comment voulez-vous être crédibles, comment voulez-vous être croyables, si vous demeurez dans la division ? » Paroles importantes, parce que paroles de la fin, dernières volontés, testament de Jésus.

 

Alors tous alignés au même pas, en uniforme de la même couleur ? Dieu nous en garde ! Autant proposer à un orchestre une musique qui ne compterait qu’une note et qu’un timbre. Harmonie : oui, monotonie : non ! Unité : oui, uniformité : non !

 

L’union à laquelle Jésus nous appelle est l’union du Père et du Fils. Jésus priait ainsi : « Que tous soient un comme toi, Père, et moi sommes un. » Le Père et le Fils ne font qu’un. Mais le Père n’est pas le Fils et le Fils n’est pas le Père.

 

L’unité à laquelle le Seigneur nous invite est la communion dans la différence. Il nous faut toujours à nouveau apprendre à accepter l’autre, comme autre, avec sa façon propre de voir, avec sa façon propre de faire, avec son rythme différent du mien. Pas seulement le tolérer différent. Mais l’aimer différent. Du reste, aimer l’autre tant qu’il est semblable à soi, n’est-ce pas encore seulement s’aimer soi-même ?

 

Jésus a prié pour l’unité. Aujourd’hui, jour où est érigée officiellement la nouvelle Unité pastorale Saint-Martin Namur-Nord, nous sommes particulièrement invités à faire nôtre sa prière et à implorer la venue de l’Esprit qui, souligne le passage de la lettre aux Ephésiens, fait l’unité.

 

Un jour, entre les canards d’une ferme éclata une grave dispute, une dispute si grave que chacun alla de son côté s’installer dans sa petite mare. Certes les canards étaient un peu tristes d’être séparés. Mais sortir de sa petite mare pour aller rejoindre l’autre, il n’en était pas question.

 

Une journée, la pluie tomba abondamment, si abondamment que les petites mares ne firent plus qu’un seul grand lac où les canards de nouveau réunis barbotèrent joyeusement, dans le bonheur des retrouvailles.

 

Ainsi le jour où chaque paroisse, tentée par une jalouse indépendance, aura suffisamment imploré la venue de l’Esprit, comme la pluie bienfaisante d’En-Haut, les eaux monteront dans chaque paroisse, et l’Unité pastorale sera vraiment effective.

 

Frères et sœurs, ayez à cœur de prier pour l’unité et de vous donner la main. Le Pape François a ouvert en octobre dernier un synode qui nous invite, en Eglise, à faire route ensemble. Il s’agit de bénir l’émergence bonne, heureuse, d’autres acteurs dans l’Eglise, d’autres instrumentistes dans le concert pastoral. Il s’agit de laisser chanter le rossignol qu’il y a en chacun, de permettre à chacun et chacune de déployer sa vocation spécifique. Le laïc dans l’Eglise n’est pas un béni oui-oui. Le diacre n’est pas un sous-prêtre. Et le prêtre ne doit pas être moins prêtre pour que le laïc déploie pleinement sa vocation de baptisé ou un ministère reçu.

 

Au mot d’ordre, pour l’Eglise, de l’unité dans la différence, permettez-moi d’y ajouter deux autres.

 

Premier mot d’ordre : ne pas être désemparé. Ne soyons pas désemparés parce que notre société n’est plus guère chrétienne. Être chrétien dans une société qui ne l’est plus guère est une situation relativement traditionnelle dans l’histoire de l’Eglise.

 

Ne soyons pas désemparés par une Eglise « petit troupeau », à qui en Luc 12,32, le Seigneur Jésus dit : « Sois sans crainte. » Du reste, quand on considère la pauvreté comme une catastrophe, que devient la première béatitude ?

 

Ne soyons pas désemparés par une Eglise qui ploie et qui souffre. L’agonie et la Passion de Jésus ne peuvent pas ne pas marquer la vie de l’Eglise si l’Eglise est réellement le Corps du Christ. Ayons la foi qu’à travers l’évènement pascal l’Eglise est toujours en état de naissance.

 

Deuxième mot d’ordre, tout aussi essentiel que les précédents.

 

Alors que la pastorale doit être pensée et organisée dans un cadre territorialement plus étendu, il convient de tenir présent que ce qui importe surtout, ce n’est pas ce que nous planifions pour demain, c’est ce dont rêve Dieu pour son Eglise en ce millénaire.

 

Nous sommes invités à inventer des voies nouvelles mais, comme les apôtres, au sortir du Cénacle, sous la mouvance de l’Esprit. Si nous voulons non pas être à notre propre compte, mais agir au nom du Seigneur, l’accueil de sa Parole dans la prière est indispensable. 

Télécharger
Bulletin de juin 2022
Doc 2022 06a.pdf
Document Adobe Acrobat 265.3 KB