Au revoir Thierry...


"Toutes nos prières et nos pensées lumineuses pour Thierry ce matin. Puissent les graines qu'il a semées durant sa vie, continuer à grandir et porter du fruit maintenant qu'il a rejoint les bras du Père… En union de prières"

 Ce mardi 27 octobre 2020

Photo Pierre Wirtgen

 De la part de la Communauté paroissiale Sainte Marguerite

Homélie Thierry Tilquin, 27 octobre 2020

 

Frères et sœurs,

Notre histoire commune avec Thierry vient déjà d'éveiller un riche partage par les chants, les symboles et les témoignages. Je m'arrête un instant à cet épisode de l'Evangile. Arrivé à Jérusalem, tout juif voit le Temple, il n'a d'yeux que pour la construction grandiose et la sainteté du lieu, les disciples comme les autres.

 

Jésus, lui, voit la veuve et attire leur regard sur elle. Pas seulement sur sa silhouette, mais sur son geste. Comme me le rappelait une de ses collègues, Thierry avait un malin plaisir à retourner la question que vous formuliez spontanément et, ainsi, à changer le regard que vous posez sur la réalité. Il faut oser l'affirmer : ce qu'il faut voir dans la Ville sainte, c'est une veuve qui offre des piécettes… On est bien loin du guide touristique, et si proche de la découverte de l’humble humanité.

 

En effet, que reste-t-il aujourd'hui ? Le Temple a été détruit quelques années après la mort de Jésus, mais des veuves disposées à tout donner, nous en rencontrons heureusement encore. Pour les disciples qui pourraient ne pas s'en rendre compte, ceux d'aujourd'hui comme d'alors, Jésus recourt à sa formule solennelle préférée : "En vérité je vous le déclare…" Et il continue à contredire les évidences : ses quelques centimes valent plus que les sommes considérables données par les riches. Cette veuve ne calcule pas, ou mal, comme ceux qui sont d'abord disposés à donner.

 

Alors, au fond de l'humanité de chacun.e, qu'est-ce qui compte, qu’est-ce qui reste quand il ne reste rien, quand a disparu ce qui est trop léger ? Ceci : que nous soyons humains envers les humains, qu’entre nous reste cet espace vide que traversent les liens tissés entre nous, grâce auxquels nous sommes devenus et nous deviendrons encore des humains. Ce n'est pas une histoire réservée aux héros, c'est le tissu du quotidien du travail, de la tendresse, des conversations de tous les jours.

 

Si nous avons voulu entendre ce texte aujourd'hui, c'est parce que, dans les multiples chemins qu'il suivait pour rencontrer les autres, entendre la vie et découvrir des horizons nouveaux, Thierry nous a rendus sensibles à cette profondeur de l'humain, en particulier grâce à un questionnement qui permettait à chacun de se construire personnellement. 

 

Théologien et prêtre, il avait souffert de l'Eglise et gardait fort le lien avec les autres qui en souffraient, ici et ailleurs, et avec les communautés qui inventaient d'autres formes, non cléricales, d'être croyants ensemble, capables de faire goûter l'Evangile aujourd'hui.

 

Il a, dans sa famille comme avec de nombreux amis et ses nombreux filleuls, été présent à des moments importants de leur vie. Lors de mariages, baptêmes ou enterrements, le prêtre peut être de passage. Tant de fois avec Thierry, ce fut le début ou le temps fort d'une relation où les liens dépassaient le service liturgique rendu, souvent d'ailleurs grâce à une table ouverte et gastronomique.  

 

Je ne voudrais pas charger Thierry de toutes les tâches qu'ensemble nous devons assumer et dont vos interventions donnent déjà une belle idée. C'est un peu comme dans l'histoire de l'évangile : la veuve n'avait pas la charge de compléter la limite du superflu que donnaient les riches de son temps… Deux couples de qualités reviennent si souvent pourtant que nous continuerons à découvrir l'absence de Thierry progressivement, au fil du temps, comme le pointillé du chemin qu’il nous suggère de poursuivre.

 

Il combinait l'ouverture et la fidélité, binôme qui devient lourd à porter au fil des années. Dans l'ouverture reviennent deux dimensions : l'Afrique et la Palestine, les pays, les réalités, les mentalités et les personnes avec lesquelles il avait créé des relations qu'il continuait à nourrir. Il aimait faire découvrir ces mondes souvent lointains et mal compris, et n'avait pas de plus grand plaisir que d'y retourner et d'y emmener d'autres. Il laisse d'ailleurs des projets de voyages non réalisés.

 

C'est une des formes de la fidélité qu'il avait, surtout à l'égard de personnes avec lesquelles il avait fait un bout de chemin dans la vie. Les laisser tomber n'était pas au programme. Thierry était là avec sa capacité d'écoute, d'aides multiples, et le repas scellait souvent ce chemin commun.

 

La densité de cette présence et sa modestie s'associaient à un respect et une discrétion totale. Ni intrusif ni bavard, il ajoutait à la qualité de son amitié la légèreté qui en faisait la saveur. 

 

Pouvons-nous reconnaître, dans tout ce que vous évoquez, dans nos mémoires, dans le rapprochement avec les deux textes lus, une forme de déploiement de la richesse de l'Evangile qu'il a tenté de réussir et auquel il nous a invités ? 

 

Aussi, c'est avec plaisir que je reprends la phrase bien connue qu'un de ses amis répète à son sujet : "On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime".

 


TEMOIGNAGE DE STEPHAN GRAWEZ
(ami et collaborateur de l'Appel)

 

« Un ami s'en est allé »

Dans le tourbillon de la pandémie que nous vivons, nous venons de perdre un proche, un ami, un collaborateur régulier de notre magazine L'Appel.

Thierry Tilquin est décédé dans la nuit de ce 22 au 23 octobre 2020.

Nous sommes nombreux à avoir collaboré avec lui au sein de divers lieux : des organisations de jeunesse (JEC, CJC, ...), aux centres de formation (CeFoc, Lumen Vitae, Ottrot ...), et dans tant d'autres lieux (comme Paysans Artisans, Coquelicot, ...).  Et bien sûr, sa paroisse de Ste -Marguerite à Bouge.

Au sein de notre magazine, de nombreux témoignages nous parviennent : “Au-delà de son amitié, de sa générosité, de son humour… Thierry jouait un rôle clé en bien des lieux” ; il gardait une grande modestie "par rapport à ses connaissances et analyses au sujet des enjeux Église et Société” ; “sa présence rendait toute rencontre avec lui féconde. C’était un homme précieux” ; “Une telle personnalité à la fois affirmée et respectueuse est exceptionnelle. Il va tellement nous manquer” ; “un grand monsieur qui avait bien compris les richesses de l'Evangile qu'il faisait passer dans une institution vieillissante !”.

Thierry, c’était aussi un accueil chaleureux, une table ouverte et gastronomique. “Je n'oublierai jamais le dernier repas chez lui et sa raclette meilleure que la mienne. C'est bête mais j'aimais bien les réunions de l'Appel chez lui !” nous confie une collaboratrice.

Merci pour tes engagements, Thierry." 

COMMUNIQUE DE JACQUES BRIARD
(collaborateur de L'Appel)

  

"C'est avec une très profonde émotion qu'il faut vous annoncer le décès à l'âge de 63 ans de l'abbé Thierry Tilquin survenu ce vendredi au presbytère de Bouge Sainte-Marguerite. 

Ce théologien très apprécié avait animé notre dernière Assemblée paroissiale (paroisse St-Jean-Baptiste & St-Loup à Namur).
Il aura été successivement jeune professeur au Grand Séminaire de Namur du temps de Mgr Mathen, directeur du centre de formation Cardijn, le CEFOC, professeur à Lumen Vitae et membre de la rédaction et du conseil d'administration du magazine "L'Appel".
Après son expérience au Rwanda comme séminariste, il avait visité au Brésil l'Église de dom Helder Camara et des théologiens de la libération.
Il avait aussi assuré des formations au Cameroun, en Haïti et parmi les Petites Soeurs de Jésus. 

Bien que souffrant d'un douloureux zona à l'oeil, il avait participé à la préparation de la soirée "Vivre avec le Covid" qui avait été prévue (en lien avec Entraide&Fraternité / VIvre ensemble) puis annulée pour mardi passé à Bouge Ste-Marguerite. 

 

 Soyons en pensée et en prière avec les proches de Thierry, où qu'ils soient et spécialement avec les paroissiens et paroissiennes de Bouge Ste-Marguerite qui auront été les derniers bénéficiaires de tous ses apports."


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Rèqwiyèm  po m' soçon ! (B. Van Vynck)
Vidéo suivi du texte en wallon puis en français

L' ABBE BERNARD VAN VYNCK rend  hommage à notre ami Thierry Tilquin.


Ci vinredi au matin, mi grand soçon Thierry  a 'nn'aler po d' bon, pa l' vôye qui n's-èpronterans tortos, on djoû ou l'ôte. Dispû, dji m' pormwin.n' ; èt dj'a l' tièsse batant l' bèrloque èt l' keûr tot dibautchî.  A ramachener totes lès sovn'ances, qui passenut pa m' mèmwêre, dji n'aureûve nin assez d' tot on lîve, po scrîre çu qui dj' v' voreûve bin paurtadjî. Dji so one miète come Elie Wiesel, qu'a  r'cît l' pris Nobèl dèl pais, qui s'a mètu à scrîre,  po soladjî s' mèmwêre !

   Pace qui ça faît pus d' cinquante ans, qui nos n's-avans crwèsé po l' prûmî côp. C'èsteûve è 1969, au p'tit sèminaîre di Flôrèfe. Come on d'jeûve di ç' timps-là, nos-èntrin.n' è chîjin.ne. Nos-avans tot chûte socené, pace qu'i l' fotball dèdja, èt pus rade li Standard, nos fieûve r'djoûwer lès matchs, tos lès dîmègnes al nét. Chîj bèlès anéyes qui n's-avans rovîy, tant nosse djon.nèsse èsteûve straméye d'one masse di plans èt d' momints d' boneûr. A Flôrèfe, nos-avans rèscontré véla, Louis Dubois, li supérieûr. On bon soçon da nos-ôtes deûs èt da branmint djins. I nos-a faît sondjî à div'nu curé dins s' maniére di nos raconter l'èvanjîle. Ripurdans sès pus bias biyèts do dîmègne au matin, al RTBF, sès lîves sont todi dès piéles po lès cis èt po lès cènes qu'è l' lîjenut. 

 

  Pus taurd, nos n's-avans ritrover à l'ôte sèminaîre di Nameur, bin sûr.  Cor on côp, chîj anéyes di socenadje. Minme, quand do timps di s' sèrvice, il a tchwèsî d'aler come maîsse di scole, deûs-anéyes au long, à Kigali, èl Rwanda. Pont d' mail po-z-èvôyî on mèssadje, come on l' pout fé astêure. Adon, nos sayin.n' di nos scrîre one lète, on côp, tos lès mwès.

   Riv'nu èl Bèljique, il aveûve aurder, véla à Kigali, dès soçons d'amon nos-ôtes. On djoû, i l'zî aveûve promètu d'évôyî, pa l' posse, si vos vloz bin, on fromadje di Herve. Lès soçons èstin.n' d'avaur-là, parèt-i. Dji n' vos dit nin l' tièsse do facteûr, flérant one bin drole d' odeûr !

   Po todi, s' keûr a d'mèré one miète è l'Afrike. C'è-st-insi, qu'asteûre co èt aviè tos l's-ans, il î aleûve, po d'ner dès lèçons d' téologîye aus ma chères soeurs, qui l' prîyîn.n' di riv'nu véla l' pus sovint possibe.

    Dji v' raconte, one paskéye di nosse timps au sèminaîre. Li présidint dèl maujone po lès curés nos fé v'nu, on djwèdi au matin, po nos d'mander one èspliquéye :

-  Dji n' vos-a nin vèyu, à mèsse, ayîr à l' nét !

   Èt l' pus vayant ètur nos-ôtes tortos di lî rèsponde :

-  Nos-avans stî veûy djoûwer li Standard, à Bruges !"

- "Pinsoz vos, qui fé 200 kilomètes po on match di fotball, ça va bin avou l' cwarême ?

   Nos n'avin.n' jamaîs à çà ! Mins quand on lî a wasu dîre qui c'èsteûve nos maîsses, qui n's-avin.n' èmacralé dins on parèy plan, nos n'avans pus ètindu qui dès : "Oh ! Oh ! Oh ! Oh !" Sûr qui, dandjereû, i pinseûve nin possible one afaîre parèy, don !

   Après nos-ètudes, nos n'avans nin èpronté l' min.me vôye. Li, il a div'nu on profèsseûr d'univèrsité. Mi, on p'tit vicaîre di campagne. Mins, i n' nos purdeûve jamaîs po mwins' qui li. Ah ça, non.na ! Si pus grand plaîjî : nos rachoner  por one samwi.ne d'ètude, avou dès spècialisses qui sayin.n' di nos mia fé comprinde çu qu'i s' passeûve dins l' monde. Nos-alin.n' po ça. Siya ! Bin sûr, branmint dès djins sorîyin.n' apurdant qui n's-alin.n' vélà à Ottrott, èl Alsace. Portant, dji v' l'acèrtine, c'èsteûve one samwin.n' fwârt sériyeûse, avou dès maîsses di l'U. Nameur, au pus sovint. Nos purdin.n' bin l' timps di goster on grand cru d'avaur-là, comint pleûve-t-i è'nn'aler ôtrumint. Mins nos n' fyin.n.n' qu' ça, savoz bin !

   Li dérin di nos grands plans, ça a stî d' bouter èchone po fé viker RCF Sud Belgique. Avou l' pére Philippe Robert, on jéswite, nos alin.n' causer do dérin lîve di nosse pape françwès. Li qu' nos-aveûve fé discouvièt Laudato si, avou branmint d' plaîji, i s' rafîyeûve di nos présinter Fratelli tutti èt di nos l' fé comprinde.

   Thierry, vos nos léyoz su l' vôye di nosse pèlèrinadje véci su l' têre, insi, à l'astchéyance. Si v's-èstoz st-èvôye, fyans chonance di rin, dj'é so sûr qui c'èst po n' nin fé d' mau à tos vos pus grands soçons. Portant, dji vos vôreûve co bin dîre combin vos-avoz stî on-ome d'èspwêr èt d' fidélité, po branmint d' nos-ôtes ; à c' mincî pa tos lès cis èt totes lès cènes qui v' vèyin.n' si voltî. Oyi ça, aujoûrdu èt po todi, li 23 do mwès d'octôbe sèrè on  djoû d' maleûr.

   Adiè, chèr vî soçon ! Bin sûr, dji crwè qu'on djoû nos nos r'vièrans, au grand raploû dès djins qui n' morenut pus. Mins, c'èst branmint trop timpe, savoz, di fé insi vosse dérène bauye ! Dji braî è vos scrîjans. Ci n'èst nin possibe, don, one afaîre parèye ! Dji vos l' promèt, nos-alans continûwer l'ovradje, qui n's-avans c'mincî èchone. Di véla, addé l' bon Diè, ni n' rovîyoz nin, dwé ! Causoz d' nos-ôtes, co todi su l' têre. Nos-avans co tant dandjî d'aîdans !

 

   Po m' rapaujî one miète, dj'i r'prin li psaume 129, si bin mètu è Walon, pa André Henin, èt one miète à m' môde pace qui dji n' sé nin faît ôtrumint :

 

                   Dji so sèré j'qu'al dérène maye.

                  Choûtoz, Sègneûr, choûtoz i

Twartchu, spotchi, cu d'zeû, cu d'zo,

Dji n' sé pus aye.

 

N'aloz nin stopé vos-orèyes

Quand dj' ariverè addé Vos !

Avou m' pèsante bèsace à m' dos

Jamaîs parèy ! 

 

Dji ratindrè tant qu'il faurè

Sûr qui Vos m' ratindroz

Come li wèyeû ratind l' solia

Drî lès volèts.

 

Quand vos m'auroz douvièt vos brès

èt rapauji mès pwin.nes

Su vosse keûr dj'i raurè m'alin.ne

Èt ravikerè

 

      On grand èt fèl mèrci, soçon Thierry !

 

 

           Requiem pour mon ami  !

 

   Ce vendredi matin, mon grand ami, Thierry, s'en est allé par le chemin qu'emprunte tout homme, un jour ou l'autre. Depuis, je me promène  l'esprit à la dérive et le cœur désespéré. A rassembler tous les souvenirs qui remontent à ma mémoire, je n'aurais pas assez de tout un livre - et encore - pour écrire tout ce que j'ai envie de vous partager. Je suis, un peu, comme Elise Wiesel qui, un jour, s'est mis à écrire pour apaiser sa mémoire.  Car cela fait plus de cinquante ans que nous nous sommes croisés. C'était en 1969, au petit séminaire de Floreffe, quand nous entrions en humanité, en sixième, comme on disait en ce temps-là. De suite, nous sommes devenus amis, parce que le football, déjà, et plus encore le Standard, nous faisait rejouer - = commenter -  les matchs, tous les dimanches soirs. Six belles années que nous ne pouvons oublier, tant notre jeunesse a été agrémentée de projets et de moments de bonheur. A Floreffe, nous y avons rencontré Louis Dubois, le supérieur. Il est devenu un grand ami à tous deux, jusqu'à sa mort. Dans sa manière de nous raconter l'évangile, il a été à la base de notre vocation de prêtre. Ses perles de commentaires, le dimanche matin à la messe radio à la RTBF, restent de grand actualité.

   Plus tard, nous sous sommes retrouvés au grand séminaire de Namur. Encore là, ce fut six années d'amitié. Même si le temps du service militaire obligatoire, il choisit d'aller vivre deux ans, au collège saint André de Kigali, au Rwanda. A l'époque, les courriels n'existaient pas. Alors, nous nous écrivions, plus ou moins, une fois tous les mois. Je me souviens de cette anecdote. Revenu en Belgique, il avait gardé des contacts là-bas. Il avait promis à un ami d'envoyer, par la poste, un fromage de Herve. Je ne vous dis pas la tête du postier, humant l'odeur du 'puant'. En partie et pour toujours, son cœur a gardé une attache là-bas, au point que, presque tous les ans, des communautés religieuses africaines l'invitaient à venir donner de cours de théologie.

   Une autre anecdote, de notre temps de séminaire. Le président de l'époque nous convoque, un jeudi matin, pour lui livrer une explication :

- Je ne vous ai pas vu à la messe, hier soir !

   Le plus audacieux d'entre nous de lui répondre :

- Nous avons été voir un match du Standard, à Bruges !

- Pensez-vous que faire 200 kilomètres pour un match de football, ce soit compatible avec le Carême ?

   Nous n'avions vraiment jamais pensé à cela. Quand nous avons osé lui révéler que nous avions été embarqués dans l'aventure par des professeurs du séminaire, alors nous n'avons plus entendu qu'un borborygme du style : "Oh ! oh ! Oh ! Oh !".  Sûrement, une chose pareille lui paraissait complètement impossible ! 

   Après nos études, nos chemins ont bifurqué. Lui est devenu professeur de théologie ; moi, simple vicaire de campagne. Mais il ne s'est jamais pris pour ce qu'il n'était pas. Non jamais ! Son plus grand bonheur était de nous rassembler, prêtres et laïcs, pour une semaine de recherche théologique, qui nous donnait de réfléchir aux grands enjeux du moment. C'était à Ottrott, en Alsace. Certains pensaient, bien sûr, que nous y allions approfondir la qualité des produits de la vigne. Je vous certifie que la semaine était des plus sérieuse avec, le plus souvent, des professeurs de l'université de Namur. Même si, je dois le reconnaître, nous prenions le temps de goûter, quelque peu, un bon cru régional. Toujours avec modération, bien sûr !

   Le dernier de nos projets fut de travailler, ensemble, à la dynamique de RCF Sud Belgique. Avec le Père jésuite Philippe ROBERT, nous allions aborder le dernier le dernier livre du pape François. Il nous avait fait apprécier Laudato Si, son précédent ouvrage, qui fut de grande interpellation, il y a cinq ans. Il se réjouissait avec nous de présenter, dans les détails, l'esprit de "Tous frères", Fratelli Tutti

   Thierry, tu nous laisses sur le chemin de notre pèlerinage, ici su terre.  Tu es parti, ainsi, sans faire de bruit. Evidemment, je suis sûr que tu ne voulais nous faire de mal, surtout à tes plus grands amis. Pourtant, je voudrais encore te redire combien tu étais un homme d'espoir et de fidélité, pour beaucoup d'entre nous ; à commencer par ceux et celles qui t'aimaient, vraiment beaucoup ! Oui, aujourd'hui et pour toujours, le 23 octobre restera un jour de malheur.

   Adieu, vieil ami ! Je crois qu'un jour nous nous retrouverons, au grand rassemblement des gens qui ne meurent plus. Mais, il est beaucoup trop tôt pout toi de nous quitter. Je pleure en t'écrivant. Je te le promets : nous poursuivrons l'œuvre, entamée ensemble. De là, auprès du Père, ne nous oublie pas ! Parle-lui de nous, encore et toujours sur cette terre. Nous avons encore tant besoin de solidaires, comme toi.

   Pour apaiser mon cœur, je reprends le psaume 129, mis en wallon, par André Henin... et un peu à ma mode : 

   

         Je suis éprouvé jusqu'à la limite.

         Ecoute-moi, Seigneur ! Ecoute ! 

         Bousculé, écrasé, sans dessus - dessous.

         Je ne sais plus.

 

         Ne bouchez pas vos oreilles

         Quand j'arriverai près de vous 

         Avec la pesante besace au dos,

         comme jamais portée !

 

         J'attendrai tant qu'il faudra

         Sûr que Vous m'attendez

         comme une veilleur attend le lever du soleil

         derrière ses volets !

 

         Quant Vous m'ouvrirez vos bras,

         et apaiserez mes peines

         Sur votre cœur, je rependrai haleine

         et je revivrai !

 

   Un tout grand merci, Thierry !